Défense de la transformation de la province de Bretagne en un seul département

Discours du député nantais Pellerin à l'Assemblée constituante le 5 novembre 1789

"Indépendamment de cette longue habitude où est la Bretagne d'avoir une administration commune, à toutes ses parties, et à laquelle elle ne renoncera pas tout d'un coup sans y avoir été préparée par le temps, par l'expérience, par les effets nécessaires de sa nouvelle situation respectivement à la France, cette province a de grands besoins qui exigent de grandes ressources, et ces ressources n'existeront plus dans un état de division qui isolera chaque partie détachée du tout, qui rendra les divers départements de cette corporation ainsi morcelée, étrangers les uns aux autres.

La Bretagne a des dettes immenses : si elles sont réparties entre les cinq ou sept départements qu'on voudra lui donner, il y en a plusieurs qui ne pourront pas acquitter leur contribution sans une gêne effroyable

La Bretagne a des travaux publics considérables à supporter, auxquels l'expose sa situation sur la mer, des quais et ports, des ponts et chaussées ; sa navigation intérieure, son commerce, les encouragement qu'il demande, les débouchés nécessaires , les grands chemins, tous ces objets également importants demandent une administration générale : divisez la province en cinq ou six départements ; les uns seront en état de fournir les dépenses qui leur seront relatives, les autres n'en auront pas la faculté, et dès qu'ils seront étrangers les uns aux autres, aucun de ces départements ne voudra venir au secours d'un autre département. …

...J'ajouterai pour dernier trait à ce tableau, que je ne fais encore que crayonner, que si la France veut exposer les provinces, qui jusqu'à présent, ont pu opposer une résistance courageuse aux entreprises des agents du pouvoir exécutif, à perdre cette force qui a si utilement servi la nation elle-même, il n'y a qu'à morceler les provinces d'Etats, et surtout la Bretagne ; bientôt, chaque département deviendra successivement la proie d'un pouvoir qui aura toujours assez d'étendue pour gêner les administrations, et assez de moyens pour le vexer quand il voudra.

Mais en quoi consistaient les privilèges de quelques provinces, et entre autres de celle de la Bretagne ? Dans la délibération sur les lois et les impôts : voilà quels étaient les privilèges de cette province, si l'on peut qualifier de " privilèges " ce qui était droit et franchise naturelle, ce que la nation recouvre elle-même aujourd'hui, et ce que la Bretagne n'a abandonné que parce qu'elle exercera , de concert avec la nation ces droits essentiels à tout peuple libre. …

Je demande donc pour la Bretagne, en tout cas, au nom de mes commettants, que les administrations de départements qui y seront établies ressortissent à une administration supérieure et principale, dont l'assemblée voudra bien régler l'organisation de manière convenable, laquelle administration correspond immédiatement avec l'Assemblée nationale."

Extrait du Moniteur officiel n°84, cité par A Pennec dans De la Bretagne aux départements, Skol Vreizh n°1