Protestations adressées au Roi et au Public

Avis :MALGRÉ mon attachement à la patrie et mon devouement pour mes concitoyens, peutêtre me serois-je condamné au silence, peutêtre serois-je parvenu à devorer dans moi même le chagrin dont me pénetre la desolation de mon pays, si je n'avois pas été homme public, mais la nation Bretonne a confié à ma vigilance la conservation de ses droits les plus precieux et me taire seroit les trahir. Jamais la perfidie n'appochera de mon coeur, jamais aucun motif, aucune consideration ne me rendra parjure et ne me fera trahir l'interêt du peuple Breton.

 

Dans des circonstances difficiles, l'accord unanime des citoyens assura le succès de mes demarches, leur approbation fut ma recompense et leurs applaudissemens retentissent encore à mon coeur. Des circonstances plus difficiles renaissent, mon zele est le même, mais mes moyens ne sont plus egaux ; ce ne sont plus mes concitoyens qui soutiennent mes efforts, une partie egarée est trompée sur ses vrais interêts et se laisse entrainer aux impressions etrangères des ennemis du bonheur de la Bretagne; une autre partie bien plus nombreuse tombée dans un accablement lethargique ne fait que gemir sur les maux ou l'aveuglement et la prevention ont entrainé une province n'aguerre si florissante, qui par ses droits et sa liberté avoit si souvent repoussé loin d'elle l'oppression du despotisme ministeriel et dont l'administration l'avoit degagée d'une grande partie du fardeau sous lequel le pouvoir arbitraire écrasoit les autres provinces. Le fruit des perfides manceuvres des ennemis de la prosperité Bretonne est de rejetter sur vous un poids enorme d'impositions accablantes, voyez dans le tableau que je joins ici la comparaison allarmante de ce que vous payées et de ce que vous payerés. Sans doutes des gens quyun interêt particulier sollicite uniquement chercheront a vous abuser et vous diront que je vous trompe, mais qu'ils me refutent s'ils le peuvent par la voye de l'impression et qu'ils vous mettent a même de decouvrir la verité, c'est du choq des opinions et par une discution approfondie qu'on reussit a la connoitre et non par des seductions secretes et mansongères. Ce sont ces seductions facheuses qui ont desuni les Bretons et qui sont la cause des maux sous lesquels nous gemissons. Que la concorde les efface, que toute discussion particuliere cesse devant l'interêt général. C'est la patrie qui est en peril, sauvons la patrie. Puisse-je être temoin du retour de la paix, dusse-je perir moi-même victime immolée au bonheur de tous. Ma devise sera toujours celle de la province dont je deffend les droits, potius mori quamfoedari.

 

En contractant l'obligation de repondre j'ai le droit d'exiger qu'on imite ma franchise et qu'on se nomme. Les personalités me trouveront inébranlable. Ce n'est ni ma cause que je deffend, ni pour moi que je parle, c'est pour ma patrie, c'est pour le peuple Breton - ; mais je dois prevenir que les raisons, si mes reponses ne parviennent pas c'est qu'elles auront éte interceptées et qu'on aura redouté de voir la verité dans tout son jour.

 

 

PROTESTATION et RECLAMATION

De MONSIEUR de BOTHEREL,

PROCUREUR GÉNÉRAL SYNDIC DEs ETATS DE BRETAGNE.

 

 

 

AU milieu des débris qui l'environnent de toutes parts, le François encore attaché à son pays cherche avec regret quelques traces de ce gouvernement ancien qui pendant près de quatorze siecles avoit resisté aux efforts combinés des peuples voisins et fait la prosperité de la France, tout est nouveau pour lui et jusqu'au nom même des provinces de ce florissant empire tout est changé.

 

Tous les pouvoirs sont déplacés ou anéantis, l'ancienne constitution de la monarchie est détruite jusque dans ses moindres parties. Un Roy gouvernant absolument d'après des lois fixes et determinées aux qu'elles il declaroit lui même être dans lheureuse impuissance de rien changer', dans le moment même où cedant aux voeux de ses cours il annonce vouloir consulter, ecouter ses fideles sujets, s'eclairer de leurs lumiere et recevoir leur avis sur le bien commun, se voit dépouillé de tous ses droits, enchainé dans son palais et contraint d'accepter de pretendues loix aux quelles il ne lui est permis ni de concourir, ni s'opposer. Sa sanction est forcée, reduite a une vaine formule et la loi vacillante au gré des passions devient le produit de la haine, de l'intrigue et de la corruption.

 

Contraint d'etouffer dans son âme jusqu'aux sentimens de la nature, un monarque bienfaisant à qui l'on refuse même la satisfaction de laisser appercevoir la douleur dont il est victime, la foible consolation de déclarer que son coeur est dechiré en voyant les erreurs ou l'on entraine un peuple jusqu'apresent idolatre de ses rois, la religion nationale florissante dans les gaules avant l'etablissement de la monarchie indignement outragée ou plutot aneantie et sacrifiée aux sectes ses rivales, les marches du thrône ensanglantées, tous les corps ces antiques et essentiels appuis de la monarchie degradés, anéantis, les propriétés violées, l'autel depouillé, un peuple bon enhardi aux forfaits, l'interêt de l'état sacrifié aux speculations avides de capitalistes interessées, le tresor public devenu la proye de vils agisteurs, les droits des provinces méconnus, indignement trahis, les contrats annullés les capitulations anéanties et pour prevenir toute reclamation les provinces elle mêmes morcelées, une multitude de petites administrations indépendantes substituées à cet enchainement utile et necessaire de tous les pouvoirs qui se correspondoient, se balancoient entre eux et venoient par un dernier anneau s'attacher au thrône d'ou ils recevoient en vertu de la loi leur mouvement et leur determination : partout l'inquietude, la defiance, la misère et l'effroi. Tel est le desolant tableau que presente la malheureuse France à l'Europe etonnée.

Unie à la France par des traités solemnels et jamais conquise, la Bretagne a ressenti cet ebranlement général dont sa constitution particuliere devoit la garantir. Par son union vivement desirée, solicitée même par les états généraux de la France, consommée à leur priere et sur leurs representations la province de Bretagne donna à la France un poids immense dans la balance de l'Europe et pour tous ces avantages elle ne se reserva que les droits dont elle jouissoit sous ses souverains particuliers, elle stipula qu'elle ne seroit assujettie qu'aux lmpositions qu'elle consentiroit, que nul établissement, nulle loi n auroit de force dans son etendue qu'après l'adoption unanime des trois ordres, que nul changement ne se feroit dans sons administration que de son consentement et que jamais pour aucune cause ses citoyens ne serment trainés au justice hors de leurs pays et ces conditions clauses expresses du contrat acceptées, garanties, avouées par le monarque, par les états généraux de France on prétend les annuller et enveloper dans la ruine commune la constitution particuliere de la province qui la met à l'abri des entreprises étrangères.

 

Dans cette circonstance fâcheuse, le citoyen à qui la patrie accorda sa confiance ne droit point s'isoler et se borner à gemir, son devoir s'etend plus loin ; il doit de tous ses efforts resister aux progrès du mal, arrêter, s'il se peut, la ruine de ses concitoyens, les eclairer sur leurs vrais interêts et perir, s'il le faut victime de son devouement à sa patrie, de son amour pour la regle, l'honneur et l'equité.

 

Cette obligation porte encore plus essentiellement sur le procureur général Syndic d'une grande province. Nous avons juré de la remplir.

 

Specialement chargé par la province de Bretagne legalement et constitutionellement assemblée dans ses états de veiller à ceque la chosz publique ne souffrit aucun dommage nous avons juré de pourvoir à la conservation des constitutions de la province consignées dans ses anciens contrats, sesfranchises et libertés conservées par tous ceux passés avec M M. les Comissaires du Roy en chaque tenue, a cequ'il ne soit introduit aucune loi nouvelle qui y soit contraire, de nous opposer en consequence à ce qu'il soit enregistre dans les cours souveraines de la province aucuns édits qui attaqueroient ses droits, nous avonsjuré de nous opposerpartout ou besoin sera à tout ce qui . seroi . t contrai . re aux droits, franchises, et libertés de la province, auxformes, usitées, aux droits ,prerogatives et conservation des tribunaux, chargés d'administrer lajustice, à la conservation des propriétés des gens de l'ordre eclesiastique, de la noblesse et dupeuple, enfin a toute levée de deni . ers non consentiesPar les etats.

 

Voila notre serment civique, celui que nous avons prêté aux états généraux de Bretagne lors de notre entrée à notre ministère dont nous ne pouvons être degagés que par ceux même à qui nous l'avons prêté. Nous le repetons aujourd'hui ce serment et nous jurons d'être fideles au Roi, à la loi, à notre patrie et de deffendre et maintenir de tout notre pouvoir la religion catholique et romaine ainsi que la constitution Bretonne dont la garde nous a été confiée la qu'elle a été librement sanctionné et jurée par le Roi et ses augustes predecesseurs de deux ans en deux ans depuis notre union à la couronne, nous jurons de nous opposer à ce qu'il soit introduit aucune loi nouvelle tant au fait de l'eglise que de la noblesse et du peuple, nous jurons de nous opposer autant qu'il sera en nous a toutes les levées de deniers dont on veut le surcharger, ce seroit nous rendre coupables du crime de lèze nation Bretonne, ce seroit nous rendre parjures, trahir notre patrie et manquer à l'honneur, a tout ce qu'il y a de plus sacré que de ceder en ce moment a aucune consideration, d'être arrêté par aucun egard particulier.

 

Pour remplir l'obligation qui nous etoit imposée nous formames en 1788, avec l'acclamation générale de la province opposition à l'edit desastreux du timbre, a fetablissement d'un impot territorial qui se seroit perçu en nature à la cinquieme gerbe, nous protestames contre les edits du mois de Mai qui tendoient à changer la forme de la justice et notre resistance, nos efforts furent soutenus par tous les corps de la province.

 

Les trois ordres, les cours souveraines, les autres tribunaux chargés d'administrer la justice, les municipalités, les corporations tout se reunit a nous et leurs protestations, libres et degagées de toutes suggestion vinrent se joindre à la nôtre et l'appuyer. Nous les joindrons ici ces protestations monument authentiques de l'approbation générale', tous reclamerent ces mêmes droits, ces mêmes contrats auxquels on veut nous faire deroger et que le peuple exempt de tout prestige etranger reconnoissoit alors être sa sauvegarde et son bonheur.

 

Par quelle fatalité cet heureux accord de tous les membres de la patrie a soutenir l'intêret commun s'est-il rallenti ? Des emissaires secrets ont egaré les meilleurs esprits, ils ont promis un meilleur ordre de choses et voilant sous des apparences mensongères des interêts personnels, ils ont entrainés des hommes qu'ils avoient trompé par leurs promesses : des gens que depuis on a vu au nombre des deputés, sont accourus du sein de la capitale en une province qui leur est absolument étrangère, ils y ont publié des libelles incendiaires, ils l'ont déchirée par des factions, ils y ont semé des haines, des preventions et criminellement empêché le rapprochement des ordres qui eut certainement opere une reunion et la satisfaction générale.

 

Des envoyés de senéchaussées et de diocesses se sont porté aux états généraux comme deputés du peuple Breton et la infideles a leurs mandats comme ils l'avoient été à la constitution de leur province, ils n'ont pas rougi de tromper et trahir leurs commettans, ni même de violer leur serments, ils ont au nom d'un peuple qui quelques mois auparavant reclamoit ses libertés et son union à une monarchie cherché a consommer la ruine de nos immunités et contribue, a détruire en France tous les caractères, toutes les traces de la monarchie.

 

Indignés de ces attentats et fideles à nos sermens, nous protestames des le mois de Décembre 1789 contre une assemblée qui de mandataire se constituant elle même nationale s'arrogeoit tous les pouvoirs, detruisoit tout et ne pouvoit faire autorité dans une province qui se gouvernant par ses propres loix, ne fut jamais soumise à un régime étranger, qui d'ailleurs n'y a point de représentans et ne peut, et ne doit adopter ses établissemens qu'après en avoir murement délibéré dans l'assemblée des gens des trois états.

 

Nous la répetons aujourd'hui cette protestation et n'appartenant par nos fonctions à aucun ordre mais également a tous, chargés même par la nature de notre commission, pour un mandat exprès, par notre serment de n'obeir jamais aux commendemens que nous recevrions d'un seul ordre contre le voeu des deux autres mais de veiller aux intérêts de tous, nous déclarons solemnellement nous opposer au nom et pour le bonheur du peuple Breton a tous les actes de la soit disant assemblée nationale, comme illégalement constituée, comme contraire à la constitution et aux droits et franchises de la Bretagne, comme tendant a surcharger cette province d'impositions dont les autres parties du Royaume voudroient alleger leur fardeau et nous adherons formellement a toutes autres protestations contraires aux actes de la dite assemblée et nous adoptons toutes les precautions prises et a prendre pour les annuler, retablir la Majesté du thrône et conserver a la province des droits qu'aucune autorité ne peut detruire et dont elle ne pourroit être depouillée que par linjustice et la mauvaise foi.

 

Forts de notre conscience et de la pureté de nos motifs nous ne balançons pas d'exposer à nos concitoyens les raisons qui nous determinent a cette demarche et qui nous en preserivent imperieusement la loi.

 

Par sa constitution la Bretagne s'administre elle même, elle ne supporte de dettes, elle ne connoit d'impots, elle n'admet de reformes et de changements que ceux qu'elle a contentis. Mais a cet egard aucun ordre n'a le droit, ni le pouvoir de determiner rien sans le concours des deux autres et quand nos deputés ont paru et traité à la cour, aux états généraux de France ce n'a jamais éte comme deputés de l'un ou de l'autre des ordres, toujours ils ont parlé, agi, comme deputés de tous, devant rendre compte à tous et ne s'obligeant qu'autant qu'ils serment approuvés par tous'.

 

Quatre fois la Bretagne a éte convoquée par le monarque a ses états généraux en 1576, en 1588, en 1614 et en 1653. Mais en chacune de ces circonstances fidele à ses formes d'administration ce fut dans ses états constitutionellement assemblés que la province choisit ses deputés et ce fut comme chargés de pouvoirs de la Bretagne et non comme deputés d'aucun ordre qu'on les vit agir et qu'ils concoururent aux interêts généraux. C'est comme tels qu'on les eut vu s'opposer à toute innovation qu'on eut voulu essayer soit dans l'administration, soit contre les droits de la province, c'est comme tels aussi que les ont redoutés les ennemis de la chose publique, ces hommes jaloux de la prosperité Bretonne, ce ministre surtout qui dès ses premiers pas dans l'administration avoit annonçé le projet formel de ruiner les ordres, renverser les grands corps, d'abolir les droits et capitulations des provinces, et c'est pour y reussir que substituant a des usages garans de la sureté publique une representation partielle il est parvenu par des seductions dont lui même a été la victime a arracher une renonciation illusoire a des immunités et franchises qui n'etoient point des privileges mais des droits conditions expresses du contrat d'union et aux quelles par la raison même qu'elles sont du plus grand interêt pour la province, la génération presente ne peut renoncer, parceque c'est une substitution perpétuelle ètablie en faveur des générations avenir, a qui elle assure la liberté d'accepter ou de rejetter ce qui leur paroitra avantageux ou nuisible à leur pays.

 

D'alliés que nous sommes les nouvelles dispositions nous rendroient sujets de la France, comment quelques hommes épars pris souvent au gré de la cabale et de l'intrigue par un peuple egaré pourroient ils exposer, approfondir, deffendre les interêt d'une province dont ils ne connoitroient qu'une partie des rapports ? Comment pourroient ils opposer quand il le faudroit cette force de resistance que donnoit à ses deputés la voix de toute une province, la discussion eclairée, interessée même de tous les ordres dont 1'unanin-Àté d'opinions pouvoit seule former l'avis.

 

Si le systeme actuel prédominoit la voix des representans lors même qu'on les suposeroit incorruptibles et d'accord seroit perdue dans une majorité immense et ne pourroit parvenir a se faire entendre et ne voyons nous pas que sur l'objet le plus interessant, sur celui d'ou depend la tranquilité publique et la sureté de toutes les heures, sur une motion que nos malheurs et nos guerres civiles devoient nous faire embrasser avec transport, sur la religion, une minorité considerable formée de près de la moitié de l'assemblée, ne recueuille pour fruit de ses reclamations qu'injures, outrages et dangers et nous nous flatterions que 84 deputés isolés au milieu de 1200, peutêtre divisés, toujours maitres de leurs avis, superieurs a leurs ordres parviendroient ou voudroient parvenir a se faire entendre. Non sans le droit de verifier dans les etats particuliers les operations de l'assemblee générale la province seroit forcée de recevoir une loi onereuse, des impositions accablantes par l'influence trop peu marquée de 84 deputés sur une assemblée de douze cens ou l'on compte lesvoix par tête. Soutenir le contraire c'est renversser tous les principes, c'est contrarier la nature même qui dans un grand empire diversifie les climats, les productions, les caracteres.

 

D'après ces principes irrecusables les deputés choisis par les senechaussées et les diocesses ne peuvent se dire deputés de la Bretagne, ils n'ont pas été legalement elus. Mais quand une election partielle auroit pu leur donner un caractere auquel rien ne peut suppléer Us auroient perdu ce caractère en derogeant à la volonté manifeste de leurs commettans qui leur avoient généralement ordonné de respecter et de soutenir les droits de leur province et leurs mandat étant la mesure de leur pouvoir ils n'ont pu legitimement faire un sacrifice inutile, injuste et consentir a des decrets desastreux dont l'effet inevitable seroit la ruine de la province.

 

Envain pretendroit on que des adhesions nombreuses ont supplée au deffaut de pouvoir et que les temoignages de satisfaction donnés par différentes municipalités ont legalisé la cession de nos droits. Ces adhesions fruit de la surprise et redigées dans les communauttés par quelques particuliers isolés ne peuvent enoncer le voeu commun, elles n'expriment qu'une opinion partielle et quand elles serment venues aussi librement qu'en 1788 de toutes les parties de la province, elles ne pourroient encore être regardées comme l'expression d'un assentiment général, parceque bien différente d'une reclamation, la derogation a des droits communs exige une délibération commune. Chaque individu peut reclamer les droits qui appartiennent à tous, mais pour y renoncer il falloit connoitre l'intention commune de tous les ordres et pour cela les consulter legalement dans l'assemblée générale et ordinaire de la province et y joindre encore l'avis et le consentement individuel de tous les citoyens". Autrement ces adhesions ne pourrontjamais être regardées que comme des surprises faites à la credulité d'un peuple qui ignoroit l'objet l'existence même peut-être de l'adhesion donnée en son nom et qui n'eut jamais consenti à des cessions que dans tous les teins il a reerdé comme la source de sa ruine et de son asservissement.

 

D'ailleurs dans les principes mêmes dont on veut Petayer cette cession est inutile, renoncer, dit-on, aux droits de la Bretagne c'est ne renoncer à rien. Toute la France est elevée au mêmepoînt que se trouvoit la Bretagne. Quèlle mauvaise foi dans cette objection, car dans cette supposition même n'est-il pas inutile de renoncer à ses immunités, au moment ou tout le monde les acquiert, n > est-il pas même d'un danger infini de se depouiller du droit de les conserver et de les reclamer si les autres venoient à les perdre ? Dès que la Bretagne se trouve réduite pour les charges au niveau des autres parties du Royaume sa condition devient infiniment pire. La population s'etablit proportionellement aux moyens de subsistance, une imposition énormément augmentée diminue ceux ci et s'ils viennent a baisser tout a coup lorsque la population n'a pu diminuer dans la même proportion Femigration ou la mort peuvent seules retablir l'equilibre, tel seroit le resultat des operations des soi disant deputés de cette province qu'ils ont si cruellement morcelée pour etouffer les reclamations et y eteindre autant qu'il etoit en eux l'esprit public.

 

Dans le moment ou la ruine de toutes les fortunes, la destruction de tous les états rend les efforts impossibles, leur criminelle prévarication ameneroit la province à supporter un fardeau, d'impositions et de dettes au moins quadruple de ce qu'elle supportoit auparavant. Qu'on jette les yeux sur les tableaux que nous joignons et l'on en sera convaincu.

 

Par sa constitution, la province ne payoit que l'impôt qu'elle avoit consenti, elle n'etoit chargée que de la portion de dette qu'elle avoit garantie. En 1786 Fetat de dettes en Bretagne etoit reduction faite de 49,696,770-5s. produisant a cause du grand nombre de contrats au denier cinquante, 1, 480, 03 6, _9,._Jd . d'interêt.

 

Les Empruns faits par la province pour le compte du Roi et dont le Roi payoit les interêts montoient au ler janvier 1786, d

Reduction faite a 17,056,185-2,.-7 . produisant d'interêt 852,829-5,.-3 .

 

Par l'effet du renoncement à nos droits nous deviendrions solidaires pour la dette commune du reste de la France que nous n'avons ni acceptée ni consentie, que par consequent nous ne devons pas et des lors quel prodigieux accroissement de charges pour la province.

 

Si la dette du Royaume monte comme on a lieu de le croire à plus de cinq milliards a quel point le fardeau ne s’aggraveroit point sur notre malheureuse province ? En admettant que la repartition s'en fasse par departemens, c'est le plus bas teau. Alors a raison des 5 departemens la portion de dette que la Bretagne auroit a supporter seroit de trois cens, un million deux cens quatre mille huit cens quinze livres qui donnent d'interêt annuel quinze millions soixante mille deux cens quarante livres quinze sols cy,          15,060,240      5

            A ces depenses ajoutez

            Les frais d'administration,                       cy            1,444,500        0

            Les frais de l'ordre judiciaire et

            l'interêt des charges de Judicature", cy            1,681,500        0

            Les frais de culte, cy                                            4,827,000        0

            Total, cy                                                        23,013,240      5

 

Joignez y les impositions pour les besoins de l'année, les octrois des villes, les dettes des municipalités supportées par tout le distric, les droits de controlle et de timbre énormement augmentés et les crimes de Paris devenus pour la France un impôt de 500,000 qui peut sans fremir arrêter cet horrible calcul, qui peut ne pas s'indigner en voyant une pretendue regeneration devenir ainsi un fardeau ecrasant pour les peuples.

 

La province a fourni en 1786 à toutes ses impositions, à des depenses interieurs, à l'acquittement de ses dettes avec un état de fond de 12,117,724 .... 7s-9d. Cette somme seroit de plus de la moitié insuffisante pour payer seulement les frais d'adminiscation, de culte, ceux du nouvel ordre judiciaire et l'interet de la dette qu'on veut lui faire supporter.

 

Aussi la proposition faite par M. D'aly D'agier membre du commité d'agriculture porte elle l'imposition annuelle a etablir sur les proprietés aux deux cinquiemes frais de culture deduits, aux quels on joindra une imposition personelle établie sur le mode le plus arbitraire et les impositions indirectes qui peut être seront conservées. Peuple Breton que gagneriez vous a ce nouveau regime pour lequel on voudroit vous faire sacrifier vos droits, et quels advantages voudroit-on vous proposer pour des cessions aussi ruineuses ?

 

Deja chaune des innovations essayées et projettées n'a t'elle pas été pour tous les citoyens une operation desastreuse ?

 

On se plaignoit des frais de l'ancienne administration et la nouvelle forme en morcelant les provinces ruine les villes principales et quadruple les frais. Uimposition personelle se reglant sur les loyers va faire encore tomber la valeur des proprietés des villes, resserer les dépenses des propriétaires, restreindre les consommations, avilir le prix des denrées par le deffaut de debouché et réduire enfin le peuple à la misère la plus affreuse.

 

A la place de cet antique corps de magistrature essentiellement lié a la constitution Bretonne, a la place de cette cour souveraine' dépositaire et garant de nos contrats dont les arrêts fixoient, autant que le permet la foiblesse humaine, une jurisprudence, constante et uniforme dans toute la province, a la place de ces magistrats dont toute la France constatoit fincorruptibilité et atteste que les mains étoient pures comme celles de la justice, on établit de petits tribunaux dont les juges gagés et révocables augré des cabales et des factions seront sans autorité et peutêtre trop souvent tentés de sacrifier pour se maintenir les droits du foible a l'intérêt de l'intriguant qu'ils redouteront, a l'homme puissant dont ils voudront ménager l'influence. Remettons ici sous les yeux des membres employés dans l'administration, dans les sieges de justice, les déclarations, les protestations, et les sermens solemnels qu'ils firent en 1788 soit comme avocats, soit comme juges des tribunaux alors etabli, et nous les prions de les comparer a leur conduite actuelle".

 

A ces justices seigneuriales dont les frais du moins ne tomboient que sur ceux qui avoient la fureur de plaider, on substitue des juges de paix gagès aux frais du public et l'on double ainsi l'imposition pour faire supporter à l'homme paisible les frais du chicaneur.

 

On berce le peuple d'une egalité pretendue tandis que jamais il ne fut plus degradé et que le despotisme ne s'appesantit plus lourdement sur lui. Uhomme sans proprieté, sans fortune se trouve interdit de toutes les fonctions, de l'activité même du citoyen. On le desarme, on le traite comme un homme suspect et le citoyen d'une fortune mediocre exclus de la representation et de l'eligibilité ne conserve que le droit d'être assujetti aux corvées oncreuses et la faculté de donner sa voix a l'audace et a la cabale ; et dans le moment ou l'on pretend assurer a toutes les classes superieures le droit de n'etre jugé que par ses pairs (car on en reconnoit des classifications fondées uniquement sur l'aisance) on declare l'homme de fortune mediocre essentiellement corruptible et la vertu indigeante indigne d'absoudre ou de condamner un accusé et ainsi on sacrifie la classe inférieure au jugement des aisés. Peuple y avez vous jamais songé ? Uavez vous demandé ?

 

On substitue partout le credit de l'opulence a celui de la naissance et des services et l'on s'efforce ainsi de rendre vénales les moeurs de tout un grand peuple.

La religion catholique depuis quatorze siccles nationale meconnue, outragée gemit dans l'oppression, ses ministres sont depouillés pendant qu'aux ministres de la religion protestante, on assure, on conserve leurs proprietés ; la hierarchie est detruite, le choix des pasteurs abandonné a des electeurs pour le moins inattentifs, les evêques, les pasteurs de tous les ordres préférant la misère a un serment sacrilege que la foi et l'honneur repoussent, sont chassés de leurs sieges, arrachés a leur troupeau et travertis en criminels d'etat parcequ'ils veulent être et rester catholiques, et sur cet objet des reclamations équitables que tout homme veritablement libre, que le peuple surtout devroit pouvoir faire avec franchise sont etouffées par la force et les representans pour avoir osé manifester leurs opinions perissent sous le glaive de ceux qu'on arma, disoit-on, pour deffendre la nation.

 

Les Biens ecleslastiques usurpés injustement sur les titulaires, sur les fondateurs connus ne laissent appercevoir aux pauvres que la perspective effrayante de la misère la plus irremediable. Auparavant secourus du produit de ces biens ils gemiront sans espoir, ou deviendront une surcharge pour le peuple obligé de fournir à leurs besoins par une taxe nouvelle dont on ne peut assigner Fetendue et qui viendra se joindre aux frais de culte aux quels les biens ecleslastiques suffisoient.

 

La suppression des titres, des droits honorifiques diminue de plus d'un tiers la valeur des terres dans une province fort sterile dont l'agriculture exige les plus grandes avances et dont les libertés, les franchises sollicitoient et attiroient les acheteurs des autres provinces et cette suppression injuste et inutile augmente de neuf millions la masse des impôts indirects au moment qu'elle ruine les terres et certaines branches de commerce.

 

Le deffaut de consommateurs, l'anéantissement de l'industrie, le trouble semé dans nos colonies, la defiance que notre situation inspire aux etrangers ont anéanti notre commerce". Les aisés reduits à la fuite, ou a l'indigeance par des spoiliations et des vexations continuelles ne laissent aucun espoir de le voir retablir. Une Ressource effrayante de papier monnoye sans base que celle que lui donne l'usurpation et la mauvaise foi vient de creuser le gouffre où toutes les fortunes vont s'engloutir et va faire transporter à Fetranger le peu de numeraire qui nous reste en circulation. Des contributions qui n'eussent jamais été accordées si les états avoient été consultés et que la terreur a arraché a la plus étroite mediocrité ont épuisé les derniers resources du malheureux citoyen.

 

Loin de nous la fletrissante inculpation de pretendre arrêter les dons que des citoyens zèlés offriroient pour epargner a la patrie une banqueroute deshonorante. Nous eussions été nous même les premiers a en donner l'exemple, mais il nous falloit pour recevoir nos declarations un tribunal légal et nous ne pouvions reconnoitre les nouveaux établissements contre lesquels nos charges nous obligeoient de protester : cette contribution patriotique volontaire d'abord étoit devenue un impôt et en cette qualité encore nous ne pouvions la reconnoitre parcequ'elle n'avoit été ni proposée aux états ni accordée par eux. Voila les motifs qui ont arrêté les effets d'un zèle qui nous eut porté a faire les premiers des dons plus etendus sans contredit quion eut osé les attendre; mais telle est notre position que forcés de reclamer pour conserver l'interêt et les droits du peuple Breton, contre tout ce qui etoit illégal nous ne pouvions concourir par notre exemple a autoriser des entreprises aux qu'elles notre serment nous obligeoient de nous opposer. Nous ne prétendons point ici par des plaintes même legitimes fixer sur nous les regards, mais finterêt public exige quelques details. Nous avons été imposes par une municipalité et n'ayant point payé le don patriotique, les impositions commes illegalement etablies et perçues. On a saisi nos meubles dans notre absence, on les a fait transporter a un bourg voisin, on les y a vendus a vil prix et les frais ont excedé le quart de la somme a percevoir. Dans l'ancienne administration les frais de contrainte étoient reglés a dix sols par chaque article. Voila donc les heureux fruits de la justice gratuite, et d'une administration plus douce. Eh bien nous osons dire que si la province eut été legalement consultée, nous ne doutons pas que d'après la renonciation aux privileges pecuniaires, on eut pu indiquer un moyen d'acquitter la dette de la France portée a cinq milliards sans alienation des biens de la couronne ni du clergé, sans augmentation d'impôts, sans papier monnoye, par les moyens le plus simple dans l'espace de quinze ans et a ce terme de reduire les impôts de près de moitié. Mais on a empesché tous les moyens de conciliation et cette horrible incurie a creusé l'abime ou la nation est prête de s'engloutir.

 

Tels sont les maux que trainent à leur suite ces decrets desastreux écrits en caracteres de sang, arrachés par violence ou surprise. On les a promulgué le poignard et la torche a la main. On les a publié a la lueur des chateaux en feu, on s'est armé pour empescher toute reclamation, et l'on voudroit nous y assujettir, mais en vain ils ne peuvent en Bretagne être regardés par les veritables amis du peuple que comme des actes de violence tant qu'ils n'auront pas été examinés, agrees, acceptés par les états legalement assemblés et tous les ordres constitutionellement consultés.

 

Mais, dit-on, dans ces états le troisieme ordre etoit mal et foiblement representé et son influence étoit nulle. Hommes des trois ordres nous devons ici protester contre l'injustice de ce reproche. Cette representation a été plusieuresofois l'objet des reclamations des états. Plusieurs fois ils ont observé que la representation par les municipalitiés étoit vicieuse et que les campagnes eussent été sans deffenseurs et sans appuis si elles n’y en avoient trouvé dans les propriétaires interêssés a la prosperité du laboureur.

 

Combien de fois les états ne se sont-ils pas opposé a l'admission de ceux qui en vertu de charges achetées pretendoient réprésenter un peuple qui les desavouoit et souvent ne les connoissoit pas. Dermerement encore les deux ordres réunis a St. Brieux en déclarant qu'ils admettoient une répartition égale et proportionelle de toutes les charges pecuniaires sans distinction d'ordres n'ont-ils pas aussi solemnellement déclaré consentir à une meilleure et plus ample répresention du troisieme ordre.

 

Mais fidèles aux principes, ils ont soutenu que ces changemens, ces améliorations ne pouvoient être proposées, acceptées que par des voyes légales et constitutionelles. Il falloit les discuter, les examiner, les régler dans l'assemblée des états, a eux seuls il appartenoit de prononcer et c'est ce principe consacré dans nos chartres qui a légitime la résistance des deux premiers ordres.

 

Jamais, nous le répétons, jamais un ordre n'a pu faire la loi; le consentement unanime de tous est nécessaire : un ordre isolé n'est rien d'après la constitution Bretonne, on n'est point pour l'administration membre seulement d'un ordre ou d'un autre, on est membre des états. Ce titre la est tout, c'est de lui que vient le droit de délibérer, c'est l'avis de tous les membres des états qui fait la loi et les états de Bretagne ne peuvent la recevoir que d'eux mêmes. Voila la constitution de la province, voila ce que nous soutiendrons jusqu'a la mort parceque nous ne sçaurons jamais composer avec nos devoirs, avec l'honneur.

 

Que ne pouvons nous ramener tous les coeurs a les principes. Bretons egarés par une apparence trompeuse du bien, Bretons victimes de seductions étrangères, entrainés par la confiance généreuse d'ames franches et honnêtes, des trompeurs jaloux de votre bonheur vous ont amené sur le bord de l'abyme où ils vouloient engloutir votre liberté, vos droits, votre fortune, jusqu'a votre existence. Votre union jusqu'ici avoit fait votre puissance et forts de votre liberté, vous avez eu plusieurs fois le bonheur de contribuer a sauver la France des mains du despotisme ministeriel.

 

Jaloux de nos prérogatives nous avons courageusement resisté a toutes ses entreprises, en perdronsfnous le fruit et un engouement passager va-t-il rendre inutiles les travaux, les succès de tant de siecles ? Devoué a votre service par votre honorable confiance, nous braverons pour vous les fiireurs de l'anarchie comme nous avons bravés les violences du pouvoir arbitraire ; nous vous devons la verité, nous vous la diront sans peur comme sans reproche et nous ne cesserons de vous repeter que votre union a la couronne ne vous a point assujettis aux loix de la France - qu'en envoyant autrefois des deputés aux états généraux vos pères n'ont jamais regardé ces assemblées comme legislatives, jamais ils n'ont pretendu y soumettre leur constitution particuliere, n'y en faire les arbitres de notre sort, que l'immuable depôt de nos destinées repose sous la main du monarque et sous la sauve garde des loix et des formes qui garantissent nos droits, nos franchises et nos libertés, qu'en transferant au Roi le domaine de votre province, ils ne lui ont cedé que les droits dont jouissoient vos ducs d'après les constitutions de la Bretagne, que vos pères ont expressement reservé le droit de s'administrer eux même de consentir et d'accorder les impôts, d'adopter ou de rejetter les reglemens quand même ils serment faitspour le général du Royaume, que vous ne pouvez renoncer a ces droits parcequ'ils sont avantageux et que vous les devez transmettre a votre posterité tels que vous les avez reçus, que la renonciation que vos soit disant deputés, ont osé faire de ces droits rejetteroient sur vous une masse d'impôts et de dettes que vous ne devez point payer et feroit de vous la plus malheureuse et la plus vexée des provinces.

 

A la vüe de tous les maux aux quels on livre votre patrie, a la vüe des impôts dont on veut vous accabler, a l'aspect de l'anéantissement des droits sacrés du peuple. Bretons sensibles, reunissons nous et protestons tous ensemble contre une assemblée qui de constituée se declarant constituante, de mandataire s'erigeant en assemblée legislative, de transitoire devenue permanente s'arroge sur ses commettans une autorité despotique, les force au silence et qui au mepris des sermens qu'elle avoit fait deroge aux pouvoirs qu'elle avoit reçu et viole impunement les clauses qui lui avoient été prescrites, reunit dans sa main tous les droits de la nation qu'elle a illegalement usurpés, croit pouvoir en disposer arbitrairement, annuler les contrats les plus sacrés, les stipulations les plus authentiques, changer le système civil sans l'aveu et contre le gré des interessés, renversser le thrône, remuer les basses de fetat, imaginer un interèt général autre que la somme des interêts particuliers et se joue enfin de la proprieté des biens et de celles des personnes.

 

Forcé de reclamer les droits sacrés des peuples, le respect pour les conventions, pour les proprietés, notre seul desir est de ramener nos concitoyens a cet esprit d'union et de concorde qui fait une seule volonté de la volonté de tous et qui est la vraie force publique sans laqu'elle il n'y a qu'anarchie desordre et oppression.

 

Loin de nous le projet d'exciter aux armes nos concitoyens, arbitres de paix notre devoir est de menager leurs interêts aux depens des notres propres ; dussent leurs coups venir nous chercher, nous perirons victime honorable de nos devoirs et notre dernier soupir sera pour le bonheur et la paix de la Bretagne, nous ne croirons pas l'avoir achetée trop cher au prix de notre sang.

 

C'est dans ces sentimens et d'après ces considerations que nous procureur général syndic des états de Bretagne persistant dans nos précédentes reclamations, oppositions et protestatîons, les confirmant et renouvellant en tant que besoin protestons pour la gloire de Dieu, le salut de notre patrie et celui de nos concitoyens contre toute atteinte portée ou qu'on voudroit porter à la religion catholique et romaine qui nous a été revelée par jesus Christ lui même.

 

Nous reclamons pour la perpetuité et l'integrité des droits sacrés de la couronne tels que la nation Bretonne fidele au contrat d'union et a ses formes constitutionelles les a reconnue et les reconnoit pour inalterables et inalienables dans les mains du monarque commes dans celles de ses augustes predecesseurs et nous protestons avec l'indignation que doit éprouver tout sujet fidèle contre les attentats sur l'autorité legitime du souverain, la liberté de la personne sacrée et declarons nous opposer formellement a l'alienation de son domaine et l'usurpation des apanages en Bretagne.

 

Nous protestons contre toute spoliation et vente des biens ecleslastiques et domaniaux en Bretagne comme etant la proprieté des etablissemens ecleslastiques et l'ancien heritage de nos ducs qui ne peuvent qu'induement être affectés au payement des dettes de la France pour lesqu'elles la Bretagne ne peut être obligée n'y ayant point consenti et declarons responsables de ces biens ceux qui les acheteroient ou les vendroient.

 

Nous protestons egalement contre les usurpations et entreprises sur la hierarchie eclesiastique, suppressions d'evêchés abbaye, monastère maisons religieuses, et de cures sans l'autorisation des états et du clergé et declarons responsables en Bretagne ceux qui au mepris des formes eclesiastiques en occuperoient les divers emplois et en toucheroient les emolumens.

 

Nous protestons contre la supression de la noblesse et des titres au nom de la noblesse Bretonne dont une grande portion ne tient point son rang et ses distinctions de la France mais qui en jouissoient avant le regne de ses ducs et qui longtemps avant l'union a fourni a la France d'illustres deffendeurs et dans les teins difficiles de Charles V. et de Charles VII. des sauveurs.

 

Nous protestons pour l'interêt du peuple Breton de nullité et illegalité contre la nomination des deputés des senechaussées et diocèsses de Bretagne aux états géneraux du Royaume comme n'ayant pas été faite en états suivant les formes constitutionelles de la province, declarons nulles et induement perçues toutes les contributions forcées et impositions établies en Bretagne sur l'autorisation des dits états genéraux sans l'avis et le consentement des états de la province et en declarons responsables tous ceux qui en auroient autorisé fait ou fait faire la perception.

 

Nous protestons contre la distribution et circulation forcée d'un papier monnoye qui n'a point été accepté en Bretagne suivant les formes et usages et qui appuyé sur un hipoteque inique ne peut que tomber en discredit et attirer la ruine de nos concitoyens.

 

Nous protestons contre l'extinction de l'ancienne magistrature et la formation de nouveaux tribunaux tant de justice que d'administration au mèpris du contrat d'union et des sermens solemnels renouvellés de regne en regne et en chaque tenue d'etats et declarons responsables de tous delits, abus d'autorité, entreprises, empruns, impots, dettes et tous autres actes les membres de ces tribunaux.

 

Nous protestons contre la transcription faite ou a faire sur les registres de prétendus decret de l'assemblée, contre toute promulgation et execution qui pourroit en être faite par ordre de ces juges ou administrateurs commes incompetens et sans qualitès.

 

En un mot nous protestons contre tous actes et decrets qui pourroient être prejudiciables ou attentatoires aux droits, franchises et libertés de la Bretagne et nous declarons formellement nous y opposer.

 

Au Plessix Botherel, le 13 Fevrier, 1790.

 

Nous adressons cette protestation au Roi gardien de nos libertés qu'il a lui mème juré de maintenir et n'existant plus en Bretagne de tribunal legal, nous la confions au public, a l'Europe entiere et prions les bons citoyens qui l'auront reçue de la conserver et promulguer.

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